L'apport de la modélisation écologique pour mieux dimensionner les zones d'étude

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A quelle échelle géographique faut-il travailler pour protéger correctement la biodiversité ? Si vous suivez régulièrement nos actualités, vous savez que c’est un sujet que nous considérons comme essentiel. Selon qu’une zone d’étude couvre ou non la totalité d’un réseau écologique, l’analyse des impacts d’un projet sur les espèces peut donner des résultats très différents, voire contradictoires. Et donc affecter la pertinence des mesures écologiques mises en oeuvre.

Nous en avons justement fait l’expérience en menant une étude sur l’efficacité des mesures de compensation associées à un segment de gazoduc dans le sud-ouest de la France. Cette compensation cible une espèce protégée de papillon pour laquelle une parcelle de 2 hectares a été immobilisée à proximité du tracé du gazoduc.

Nous avons utilisé notre logiciel de simulation de la vie des espèces, SimOïko, pour évaluer la taille des populations de papillons et leurs flux de déplacements à différentes périodes : avant, pendant et après la construction du gazoduc. Nous avons d’abord concentré notre analyse sur une zone de 500 mètres autour de l’infrastructure. Puis nous avons élargi le périmètre et analysé les résultats à l’échelle du réseau écologique complet (qui s’étend jusqu’à environ 5 kilomètres du tracé).

Verdict ? Dans les deux scénarios, la quantité d’individus et le nombre de leurs déplacements diminuent nettement durant la phase de construction. Mais une fois l’installation du gazoduc achevée, les évolutions sont très différentes selon l’échelle spatiale retenue.

Dans le premier cas de figure (zone restreinte), les populations de papillon et les déplacements d’individus en dispersion retrouvent à peu près leur niveau d’avant construction. L’implantation du gazoduc a notamment eu pour effet bénéfique de créer de nouveaux corridors fonctionnels et, à cette échelle, les mesures de compensation ont manifestement été efficaces.

Dans le second cas de figure (réseau écologique complet), les simulations montrent en revanche que la taille des populations et les déplacements d’individus dispersants restent durablement inférieurs à ce qu’ils étaient avant la construction. Les changements engendrés par l’installation du gazoduc pénalisent donc davantage les populations éloignées du tracé que celles vivant à proximité immédiate, et les mesures de compensation mise en oeuvre en bordure de l’infrastructure ne profitent pas à ces populations éloignées.

Morale de l’histoire : le recours à la simulation a permis de détecter, a posteriori, ce que l’étude d’impact, réalisée selon une méthode plus “classique”, n’avait pas pu anticiper. Et si on utilisait plus souvent la modélisation pour mieux dimensionner les zones d’études avant un projet ?

 Lire l'article scientifique consacré à cette étude

 Suivre l'intervention de Sylvain Moulherat sur ce sujet lors de la conférence IENE 2022

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 Christophe Plotard  lun 12/09/2022 - 09:53